financement du RSA : l'arnaque médiatique

Publié le par la gauche alternative dans l'Oise

http://www.rue89.com/2008/09/03/les-petits-epargnants-paieront-le-rsa-pas-les-capitalistes

Les petits épargnants paieront le RSA, pas les « capitalistes »

Faire jouer la solidarité nationale en taxant le capital  : prise au pied de la lettre , ce choix de Nicolas Sarkozy pour alimenter le RSA (que le Conseil des ministres examine ce mercredi) aurait pu avoir un certain panache, en constituant un véritable acte de gouvernement qui transcende les clivages de la vie politique française. La communication est un art, mais le voile est vite tombé.

Pourtant, il faut croire que, se mettant ainsi en scène, le président de la République a convaincu jusqu’à la gauche, puisqu’on a entendu des leaders socialistes saluer, même du bout des lèvres, la mesure. A force de triturer les mots pour communiquer plus qu’exprimer, on perd le sens des nuances…

Car de quel capital parle-t-on  ? Pas de celui que se sont constitués les plus gros contribuables qui profitent du bouclier fiscal  : le Premier ministre a confirmé que cette protection resterait imperméable à toute nouvelle taxe.

Mécaniquement, les seuls Français sollicités pour mettre en oeuvre la solidarité nationale ne seront pas les plus riches. C’est le principe du bouclier fiscal  : il plafonne à 50% le total de la fiscalité qui peut peser sur les revenus d’un contribuable. Pour eux, le prélèvement supplémentaire de 1,1% prévu par le gouvernement ne s’ajoutera pas.

Solidarité sélective à l’envers  ? Sacré bouclier, qui permet d’ignorer la pauvreté et de s’exonérer de la solidarité nationale  ! Nicolas Sarkozy voudrait-il s’en servir pour réinventer une lutte des classes  ?

Les souscripteurs d’une assurance-vie, 12 millions de « capitalistes » à taxer

Alors, quels sont ces Français qui vont être les plus solidaires  ? Pas ceux qui ont souscrit un Livret A ; politiquement, ponctionner un placement qualifié de « populaire » aurait été considéré comme de la provocation pure. Même chose pour ceux qui disposent d’un Livret développement durable.

Mais ceux qui ont quelques actions, une assurance-vie, un plan d’épargne retraite ou un plan d’épargne salarial, tous ceux-là seront mis à contribution. Les 334 000 salariés qui ont souscrit un Perco (plan d’épargne retraite collectif souscrit en entreprise) pour leur vieux jours  ? Voilà les « capitalistes » qu’il faut faire payer  : 4 200 euros en moyenne déposés sur chaque plan.

Les personnes qui ont amassé quelques milliers d’euros sur une assurance-vie pour compenser la baisse des retraites, ou pour le transmettre à leurs descendance  ? Voilà 12 millions de capitalistes d’un coup, qui totalisent 80 milliards d’euros sur leurs contrats  : moins de 7 000 euros en moyenne par « capitaliste »…

Les ménages qui placent leurs économies sur un plan épargne logement (PEL) dans l’espoir d’accéder à la propriété  ? Voilà une belle cible  ! Comme ceux qui ont souscrit des parts de Sicav, parce qu’on leur a expliqué que c’était une façon moderne de placer son épargne.

En saluant la mesure, les ténors socialistes sont tombés dans le piège

Plus que de capital, il faut parler d’épargne. Nicolas Sarkozy s’en est bien gardé  : la consonance politique n’est pas la même lorsqu’on parle de taxer le capital et de taxer l’épargne. Mais c’est bien cette dernière qui est taxée, alors qu’un bouclier protège le capital.

Certes, si l’on ponctionne 1,1% des revenus des sommes placées, les montants unitaires ne seront pas énormes sur des produits d’épargne qui ne rapportent que quelque 4% des sommes investies. 1% de 4%…

Mais la remarque vaut pour tout le monde, quel que soit le côté du bouclier fiscal où l’on se trouve. Qu’est-ce qui peut justifier que les plus riches soient exemptés de participer à un effort national  ? C’est bien toute la question. Puisqu’il est question de solidarité, on pourrait aussi parler d’équité.

Pourtant, à part quelques voix isolées au PS comme celles de Michel Sapin, les ténors socialistes ont salué la mesure de financement du RSA sans souligner l’amalgame volontaire entre capital et épargne.

Comme si l’épargnant était, aujourd’hui, un privilégié capitaliste ennemi des classes populaires. Ces temps sont pourtant révolus  : avec les difficultés d’emploi, les interruptions dans les parcours professionnels, la hausse des prix de l’immobilier, la baisse des retraites… la constitution d’une épargne de sécurité est devenue une obligation. Même pour les moins riches.

Quand le capital refuse d’assumer sa place dans la collectivité nationale

Le PS gagnerait à actualiser sa perception des fameuses classes moyennes qui n’ont plus rien de privilégiées. Mais il est vrai que lorsque Lionel Jospin s’engagea dans cette direction, il n’en fut pas récompensé.

C’est pourtant bien à ces classes moyennes que le choix présidentiel s’impose pour financer le RSA. C’est sur elles -mais surtout sur elles seules- qu’il choisit de compenser des salaires trop faibles pour permettre à ceux qui les touchent de vivre dignement. Des salaires qui ne sont pas au niveau du coût de la vie. Des salaires versés par des entreprises qui attendent que la solidarité nationale compense le manque à gagner.

C’est de ce côté, probablement, qu’il aurait fallu creuser pour alimenter le RSA ou, mieux, redéfinir ce qu’est un salaire. Etait-ce trop compliqué, ou politiquement trop éloigné des repères présidentiels  ?

La véritable audace aurait consisté à penser que l’entreprise n’est pas l’ennemi du salarié. Pas à travestir la réalité en appelant capital ce qui n’est que de l’épargne, et à agir comme si le véritable capital refusait d’assumer sa place dans la collectivité nationale.

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Sapin : « Les plus riches ne paieront pas la taxe RSA »

Pour financer le RSA, Sarkozy crée une taxe sur les revenus du capital. Une mesure de gauche  ? Pas pour le socialiste Michel Sapin.

Nicolas Sarkozy s’apprête à annoncer une mesure aux (faux  ? ) airs de Robin des Bois. Il manquait à Martin Hirsch 1,4 milliard d’euros pour financer son Revenu de solidarité active (RSA)  ? Il les prend dans la poche des épargnants, avec une nouvelle taxe sur les revenus du capital. Sont visés par ce nouveau prélèvement les revenus issus du patrimoine, ainsi que les dividendes et l’assurance-vie. Les détails de ces mesures doivent être donnés ce jeudi lors d’un déplacement présidentiel à Laval (Mayenne).

Une mesure "de gauche"  ? Bousculant les traditionnelles lignes politiques, elle a eu le don, en tout cas d’embarrasser le PS, qui depuis longtemps prône ce type de mesure.

La gauche s’est sentie obligée de saluer une décision "légitime" (Hollande), allant même jusqu’à envisager de le voter, tandis qu’à droite des voix comme celle du député UMP Hervé Mariton s’élevaient pour dénoncer un "impôt nouveau".

"Il n’y a aucune raison de bouder son plaisir"

Michel Sapin, secrétaire national du Parti socialiste en charge de l’économie, relativise pourtant la bonne nouvelle, comparant des "montants qui n’ont rien à voir", entre les 15 milliards du paquet fiscal de l’an dernier et ce milliard et demi dont les contours doivent encore être précisés.

"Je ne suis pas dans l’embarras", assure-t-il, "ce qui est embarrassant, c’est que le président de la République annonce de mauvaises mesures qui sont mal financées". D’ailleurs, ajoute le député de l’Indre, "ce n’est pas une bonne action aujourd’hui qui va effacer le péché originel du bouclier fiscal". Avec certaines réserves, il avoue tout de même  : "Il n’y a aucune raison de bouder son plaisir."

L’ancien ministre de l’Economie rappelle qui seront les victimes de cette nouvelle taxe  :

"Ce sont les moyens revenus qui seront assujettis à cette forme d’impôt de solidarité. Il reste de très fortes injustices même après une décision qui pourrait paraître bonne."

 

"Que les très riches ne s’inquiètent pas, ils ne paieront pas d’avantage", insiste-t-il, car ils sont protégés par le fameux "bouclier fiscal", et ne peuvent être taxés au-delà de 50% de leurs revenus.

L’assurance-vie, "épargne chouchoute" des Français, visée par la nouvelle taxe

Par ailleurs, l’assurance-vie, souvent présentée comme "l’épargne chouchoute" des Français et à qui les gouvernements successifs ont souvent été tentés de s’attaquer, est cette fois visée. Mais de manière infime (on parle actuellement d’une taxe de 1%) et sa transmission reste défiscalisée jusqu’à 152 000 euros.

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Publié dans lu dans la presse

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