Nouvelle fuite d'uranium sur un site d'Areva dans la Drôme
Après l'incident au Tricastin, une nouvelle fuite d'uranium sur un site
Areva s'est produite jeudi après-midi, cette fois à l'usine de fabrication
de combustibles nucléaires FBFC à Romans-sur-Isère (Drôme), après la
rupture d'une canalisation enterrée de rejets d'effluents liquides
uranifères, a annoncé vendredi l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), sans
préciser le degré de gravité.
Les enquêteurs de l'ASN, prévenus jeudi à 17h, ont rapporté que "la
rupture de cette canalisation enterrée daterait, selon l'exploitant, de
plusieurs années", alors que "des mesures correctives destinées à protéger
la zone contre les éventuelles intempéries" ont été prises.
Un porte-parole d'Areva, Charles Hufnagel, a précisé qu'il s'agissait
d'uranium "légèrement enrichi", tout en assurant que la fuite n'avait eu
lieu que sur le site. Il n'y a "absolument aucun impact sur
l'environnement", a-t-il dit à l'AP en indiquant qu'Areva proposait de
classer cet incident au niveau 1 sur l'échelle internationale de gravité
INES qui va jusqu'à 7. Le responsable des combustibles chez Areva
Jean-Pierre Gros a évalué la quantité totale répandue "entre 120 et 750
grammes".
Dans un communiqué, l'usine FBFC a précisé que cette canalisation relie un
atelier de fabrication de combustible nucléaire à une station de
traitement. La tuyauterie "défaillante" a été fermée, tandis que la
préfecture de la Drôme et l'ASN étaient "prévenues immédiatement de ce
dysfonctionnement technique".
Selon l'ASN, les enquêteurs ont constaté "la non-conformité de cette
tuyauterie vis-à-vis des exigences de la réglementation" qui prévoit
normalement "une capacité de résistance aux chocs suffisante pour éviter"
toute rupture. Après le nettoyage de la zone prévu ce vendredi, ils "ont
demandé que la totalité des matériaux retirés soit analysée pour évaluer
la masse d'uranium présente".
"Comme d'habitude, c'est le porte-parole de l'ASN qui a délivré et
contrôlé cette information", a déploré la fédération France Nature
Environnement. Pour elle, la loi du 13 juin 2006 fait que "tous les
pouvoirs de gestion de la filière nucléaire sont concentrés dans les mains
des cinq dirigeants" de l'ASN. La fédération regroupant environ 3.000
associations de défense de l'environnement, demande à ce que des autorités
de contrôle indépendantes "puissent faire un audit public de ces
différents accidents pour que tout citoyen puisse en connaître les causes
et les effets" et dit réfléchir "aux actions en justice possibles". AP
Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement et présidente du
parti CAP21 juge pour sa part que ces "incidents à répétition et la
découverte d'une pollution de la nappe phréatique du Tricastin mettent en
lumière les défaillances de la filière nucléaire, dues notamment à un
sous-investissement dans la sécurité, la protection de la santé humaine et
de l'environnement". Pour elle, "il est aberrant et inacceptable que la
politique nucléaire ne fasse pas l'objet d'une évaluation globale en terme
de coûts et d'avantages, évaluation confiée à une commission extérieure au
lobby nucléaire". AP