Un rapport officiel veut casser le salaire minimum
par Michel Husson
Dans un rapport que le Conseil d’analyse économique n’a pas encore publié
au 11 avril, trois économistes, Pierre Cahuc, Gilbert Cette et André
Zylberberg, recommandent au gouvernement de remettre en cause les règles
d’indexation du salaire minimum.
C’est la charge la plus violente qui ait jamais été menée contre le Smic.
Dans un rapport, encore confidentiel, dont Mediapart a obtenu une copie
dans une version préliminaire en date du 18 mars, trois économistes
siégeant au Conseil d’analyse économique (CAE), Pierre Cahuc (chargé de
mission au Crest-Insee et professeur à l’Ecole Polytechnique), Gilbert
Cette (économiste à la Banque de France) et André Zylberberg (directeur de
recherche au CNRS) proposent de modifier radicalement les règles actuelles
d’indexation du salaire minimum.
Intitulée « Smic, revenu minimum et coût du travail : quelle articulation
pour combiner justice sociale, incitation au travail et compétitivité ? »,
cette étude risque d’attiser une vive controverse, qui couve déjà depuis
que le gouvernement a lui-même fait savoir, en décembre 2007, qu’il
réfléchissait à modifier les règles actuelles du jeu et qu’il était
demandeur de suggestions.
En se saisissant de ce dossier, les membres du CAE (une assemblée d’une
trentaine d’économistes de différentes sensibilités, chargée d’éclairer le
Premier ministre sur les grandes questions économiques) savaient, certes,
qu’ils avançaient en terrain politiquement sensible. Ils ont donc cherché
à progresser avec circonspection.
Des débats qui ont eu lieu, le 18 mars, dans cette enceinte autour du
rapport des trois économistes, rien n’a filtré dans la presse. Et des
consignes très strictes ont été données à tous les membres du CAE pour
qu’ils ne diffusent pas le fameux document. Une fois qu’on l’a lu, on
comprend mieux pourquoi : sur le fond, ce rapport se distingue par sa
radicalité.
Tout au long de leur étude (85 pages), les auteurs multiplient les
critiques contre le salaire minimum. Estimant qu’il « couvre en France une
proportion de salariés plus importante que dans les autres pays de l’OCDE
» et déplorant qu’il soit « fixé par voie légale, de manière uniforme »,
ils font ce constat central : « Le salaire minimum n’est pas un instrument
efficace de lutte contre les inégalités. »
« L’idée selon laquelle le salaire minimum réduit les inégalités à un coût
moindre pour la société que des politiques fiscales distributives (qui
prélèvent des impôts et versent des prestations sociales) est erronée. En
réalité, la politique du salaire minimum légal uniforme et élevé comprime
la distribution des salaires et contribue à réduire le dialogue social,
sans grande efficacité pour lutter contre la pauvreté », écrivent-ils.
Michel Husson, économiste et membre du Conseil scientifique d’Attac-France