Chez IBM, le stress grandit et reste toujours sans réponse

Publié le par la gauche alternative dans l'Oise

Un salarié qui présente tous les symptômes d’une crise cardiaque à l’issue d’un entretien avec sa hiérarchie ; une jeune femme qui, sortant de son travail, fait une « crise d’hystérie » ; et même un suicide. Les résultats de l’enquête menée par les médecins du travail sont accablants : le stress pourrit la vie des 4 000 salariés du siège d’IBM.

 

Dans la tour Descartes de la Défense (Hauts de Seine) occupée par le concepteur informatique IBM, cela fait longtemps que quelque chose ne tourne pas rond. En 2003, submergés par les demandes des salariés mis sans l’accord de la direction d’IBM France, les médecins du travail de l’entreprise avaient menée leur propre enquête. Avec pour résultat ces chiffres : 44% des 4000 salariés du siège diagnostiqués en « état de stress », 3% en épuisement mental (« burn out ») et les visites spontanées dans les locaux de la médicine du travail avaient augmenté de 21% en un an. « Nous avions demandé une expertise autonome pour confirmer ce diagnostic et proposer des issues, raconte Jean-Michel Daire, délégué CFDT à la Défense. Mais IBM s’y est tout de suite opposé, prétextant vouloir mettre en place un groupe de parole pilote sur ce sujet. » Quatre années plus tard, le remède semble ne pas avoir été à la hauteur de la  souffrance des salariés. Les mêmes médecins ont donc mené la même enquête, toujours contre l’avis de la direction. « L’entreprise leur a même mis le conseil de l’ordre des médecins dans les pattes à deux reprises », raconte Jean-Michel Daire. L’« état de stress » est aujourd’hui diagnostiqué chez 65% des salariés de la tour Descartes. 29 d’entre eux sont en dépression, 9 en épuisement mental, et 185 urgences médicales ont été relevées. En 2005, une jeune consultant s’est même donné la mort. « ça s’est passé en dehors de l’entreprise, mais la Sécurité sociale à très vite reconnu que ce suicide était dû à ses conditions de travail, explique Jean-Michel Daire. La direction a fait appel de cette décision. Ils martèlent que tout cela n’est dû qu’à la vie privée des gens. » Mais, dans les couloirs, les langues commencent à se délier. Les salariés – essentiellement des cadres ou des consultants – travaillent sur des projets, jamais avec les mêmes personnes et avec des objectifs rarement atteignables. « Une salarié IBM doit être connecté en permanence, ce qui signifie aucun temps mort et aucune place pour la vie privée, explique Pierry Poque, délégué de l’UNSA. Toutes nos méthodes de travail sont anxiogènes. » En 2002, un système de notation avait été dénoncé par les syndicalistes. Il s’agissait pour la hiérarchie de satisfaire un quota de salariés notés d’un 4, c’est-à-dire licenciables. Depuis, le système a été retiré par la direction, mais la précarité reste. « En 2005, 900 postes ont été supprimés à la Défense, dit Jean-Michel Daire.  Nous n’avons plus aucune vision sur la stratégie d’IBM et, même en étant en contrat à durée indéterminée, un salarié ne sait plus rien de son avenir à 3 ou 4 ans. C’est à cette précarité et à cette misère liée au stress que nous voulons nous attaquer ? »

Misère que la direction d’IBM ne commente pas. Parce qu’elle ne la voit pas ou parce qu’elle ne veut pas changer ses méthodes ?

 

 

Bernard Salengro

Médecin du travail et responsable de la santé au travail

Au Syndicat CFE CGC

Les chiffres constatés chez IBM ne me surprennent pas. On trouverait d’ailleurs les mêmes dans des entreprises plus petites si des études y étaient menées. Ils sont liés à un management qui fonctionne à l’urgence, où les temps de pause comme les temps d’apprentissage sont pulvérisés. « On ne peut compter que sur soi » est le discours le plous répandu, ravageur pour ceux qui s’investissent le plus dans l’entreprise. Il n’y a pas d’issue à ce mal-être que dans la prise de conscience de la société qu’il n’est plus acceptable de faire payer un tel prix au salariés. On ne doit plus accepter que nos entreprises fonctionnent comme cela. Il fait que les pathologies liées au stress soient reconnues comme des maladies professionnelles.

C’est la seule solution pour que les entreprises se bougent sur cette question car, étant reconnues, ces maladies leur coûteraient alors de l’argent.

 

Repères

75%

C’est le pourcentage des Français qui assimilent le mot travail à celui de « stress ». 28% l’assimilent au mot « corvée »

 

54%

C’est le pourcentage des Français qui estiment que le problème le plus difficile à supporter au travail est « l’incertitude face à l’avenir professionnel ».

 

61%

C’est le pourcentage des Français qui considèrent que « les conditions de travail se sont dégradées depuis quelques années ».

L’Humanité Dimanche – du 9 au 22 août 2007

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Publié dans lu dans la presse

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