Déclaration du Conseil National de Gauche Unitaire
Pour les luttes et pour les élections
Poursuivre et élargir le Front de gauche
Déclaration du Conseil National de Gauche Unitaire
En France comme dans toute l’Union européenne, les élections de ce 7 juin ont accouché d’un paysage singulièrement bouleversé.
Le taux d’abstention record signe un divorce croissant entre les peuples et les élites dirigeantes. Il est partout annonciateur de secousses majeures, de grands chocs politiques et sociaux. En même temps, dans le contexte de la crise historique qu’affronte le capitalisme, en l’absence de perspective véritable du côté de la gauche et du mouvement ouvrier, elle exprime l’attentisme ou le désarroi de classes populaires confrontées à de nouvelles attaques des possédants contre leurs conditions de vie et de travail.
Les droites européennes profitent de cette configuration. Non que leurs politiques soient plébiscitées ou que leurs bases électorales s’élargissent, loin de là. Mais elles captent à leur profit un besoin d’ordre et de sécurité que provoquent les peurs et les angoisses sociales face à la crise. Ce phénomène s’accompagne, en de nombreux pays, du réveil voire de la poussée des droites extrêmes et des courants fascisants. Une vieille leçon se confirme ainsi : une crise aussi grave du système, si elle suscite colère sociale et développement de la radicalité dans le mouvement ouvrier, peut aussi favoriser des réflexes de repli qui font le miel des forces réactionnaires.
Le social-libéralisme est aujourd’hui en lambeaux.
Qu’elles soient au pouvoir et y gouvernent parfois avec la droite, ou qu’elles soient dans l’opposition, les formations du Parti socialiste européen enregistrent sur tout le continent un recul massif. Pour s’être totalement adaptées aux exigences du capitalisme, elles se montrent incapables d’apporter à la crise des réponses les distinguant des néolibéraux. Non seulement, elles ont définitivement renoncé à la transformation sociale au point de ne plus se réclamer que d’un vague « centre gauche » dans leur dernier manifeste européen, mais elles n’apparaissent pas, dans nombre de pays, comme des relèves possibles à des droites dont la politique se révèle pourtant une faillite totale face à la tourmente économique et financière.
En France, avec l’un de ses plus mauvais résultats à une élection nationale, le Parti socialiste paie simultanément son incapacité à s’opposer sur le fond aux orientations du pouvoir sarkozyste et à répondre aux exigences d’un mouvement social qui défie ce dernier depuis des mois, son appui au très libéral traité de Lisbonne, et sa quête de plus en plus prononcée d’alliances avec le centre en vue de 2012. Toutefois, dès lors que le PS demeure la force dominante de la gauche et qu’aucune alternative crédible ne s’impose encore face à lui, c’est la gauche tout entière qui se retrouve menacée d’une désagrégation comparable à celle qui a conduit à sa disparition pure et simple en Italie.
Si, à ces élections européennes, c’est la coalition Europe écologie qui a principalement profité de l’effondrement électoral du Parti socialiste, elle est loin d’offrir une issue à la panne de perspectives à gauche. Sans aucun doute, nombre d’électeurs et d’électrices ont-ils voulu exprimer leur défiance envers la social-démocratie et, surtout, manifester leurs préoccupations devant la catastrophe écologique irréparable dont le capitalisme menace présentement l’humanité. Il n’en demeure pas moins que les dirigeants d’Europe écologie, Daniel Cohn-Bendit en tête, entendent désormais utiliser leur succès électoral pour initier à leur tour, comme auparavant le Modem de François Bayrou, une recomposition au centre du jeu politique français. Ils tournent, ce faisant, le dos à la tradition de l’écologie de transformation sociale qui fut longtemps incarnée par une large partie des Verts, et dont se réclament toujours de très nombreux militants et militantes écologistes.
Ce 7 juin, la bonne nouvelle sera venue du résultat du Front de gauche. Sa progression en voix par rapport aux scores des listes initiées par le Parti communiste en 2004, comme ses quatre élus dans l’Hexagone, attestent du bien-fondé de sa démarche unitaire. Tout au long de sa campagne, il aura permis que continue à être posée publiquement la question du rassemblement d’une gauche de gauche. Son dynamisme militant et le soutien dont il a bénéficié de la part de secteurs significatifs du mouvement social lui donnent à présent le mandat impératif de poursuivre l’œuvre engagée.
La gauche de transformation n’est nullement vouée à l’impuissance et à la marginalité. Elle peut légitimement avoir pour ambition de devenir majoritaire à gauche.
Si elle avait, cette fois, été réunie, si le Nouveau Parti anticapitaliste n’avait pas préféré une campagne solitaire dans l’espoir illusoire d’incarner seul la rupture avec les logiques capitalistes, nul doute que le rapport de force à gauche aurait été bouleversé. Additionnés, les scores du Front de gauche, du Nouveau Parti anticapitaliste et de Lutte ouvrière atteignent les 13%. La division, le recours à de faux prétextes pour justifier la concurrence des listes ont constitué des choix irresponsables, surtout dans un contexte aussi lourd de menaces pour le monde du travail. Ils ne doivent jamais se rééditer. Telle est l’une des principales leçons de ces élections européennes.
Résister au sarkozysme arrogant !
Ouvrir une nouvelle voie à gauche !
Au lendemain de ce 7 juin, alors que ses choix ultralibéraux sont pris à contrepied par la crise capitaliste, la droite au pouvoir affiche sa volonté de poursuivre sur la voie de la révolution néoconservatrice dont Sarkozy a fait son projet.
Avec moins de 28% des suffrages exprimés, soit 12% du corps électoral, sa politique ne peut se revendiquer d’une légitimité majoritaire. Tandis que le chômage flambe, que les plans de licenciements se multiplient, que le pouvoir d’achat recule, la voilà qui rouvre les dossiers du travail le dimanche, de la privatisation de La Poste et de la protection sociale, suggérant de manière provocatrice de nouvelles attaques contre l’assurance-maladie et le droit à la retraite des salariés. La réforme de l’État (RGPP) et la réorganisation des collectivités territoriales sont aussi porteuses de régressions démocratiques et sociales, en matière notamment d’aménagement du territoire et de maillage des services publics.
À la rentrée, le mouvement social va donc devoir affronter un contexte difficile. En dépit de journées ayant mis en grève et dans les rues des millions de salariés, bien qu’il ait été soutenu par l’immense majorité de la population, malgré la multiplication des luttes dans le secteur privé, c’est faute d’un plan de mobilisation et d’une stratégie de convergence, que les huit organisations syndicales n’ont pas été à même de lui proposer, qu’il n’a pu trouver le chemin du « tous ensemble » plus que jamais indispensable. Sarkozy et Parisot s’en sentent confortés pour démultiplier leurs contre-réformes et chercher à infliger une défaite majeure au monde du travail. Rien n’est cependant joué, et l’usure des journées d’action à répétition n’a nullement épuisé la colère des travailleurs.
La première des urgences consiste, par conséquent, à unifier les résistances, à contrecarrer les tentatives d’isoler chaque lutte dans une posture défensive, à faire émerger une plate-forme de revendications unifiantes, à travailler pour ce faire à la construction de cadres unitaires larges sur chacun des terrains où se noue la confrontation sociale : emploi, salaires, retraites et santé, éducation et services publics, environnement, culture, libertés et pluralisme de l’information… En s’appuyant sur cette action, il s’agit de recréer les conditions de grands moments de convergence nationaux, public-privé, qui permettent de redonner confiance aux salariés et s’inscrivent cette fois dans une perspective de mobilisation durable et coordonnée, seule à même de construire l’épreuve de force et de l’amener au succès.
Ce que révèlent toutefois les derniers mois, c’est d’abord que les luttes ont un impérieux besoin d’une offre politique qui relaie leurs revendications et aspirations. Fort de l’expérience réalisée à l’occasion de la campagne des européennes et du premier succès qu’il vient d’obtenir, le Front de gauche se voit investi de responsabilités essentielles. Il lui incombe de changer la donne à gauche, de dessiner une perspective de changement politique et social radical, de créer les conditions d’une majorité populaire pour la concrétiser.
Comme la Gauche unitaire, le Parti communiste et le Parti de gauche se sont prononcés pour que le Front de gauche se pérennise. Il doit en même temps s’ouvrir à toutes les forces et militants qui, à gauche, ont conscience de l’enjeu décisif du moment présent : aux socialistes, qui n’acceptent plus la dérive ininterrompue de leur parti et ses ouvertures à droite ; aux courants écologistes et militants des Verts, qui n’entendent pas renoncer à une écologie bien ancrée à gauche et arrimée au combat social ; aux Alternatifs et aux composantes de la Fédération qui prennent en compte l’enseignement des européennes et sont prêts à se saisir de l’outil que représente le Front de gauche pour faire avancer le rassemblement d’une gauche sociale et écologique ; au Nouveau Parti anticapitaliste, confronté à un échec qui se traduit par l’absence d’élus au Parlement européen, et qui doit revenir à une attitude unitaire ; aux acteurs et actrices du monde syndical et associatif, soucieux de disposer d’un prolongement politique durable et offensif à leur action…
Dans cette perspective, la Gauche unitaire propose à ses partenaires du Front de gauche d’engager dès la rentrée une grande campagne nationale autour des premières grandes ruptures sociales et écologiques qu’appelle la gravité de la situation : interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des profits et des délocalisations ; urgence d’une autre répartition des richesses ; retour à de grands services publics accessibles à toutes et à tous ; défense de la protection sociale et du droit à la retraite ; réponse à l’urgence climatique qui fera l’objet de grandes confrontations internationales dans les prochains mois…
L’organisation d’une telle campagne doit, tout à la fois, permettre au Front de gauche d’intervenir dans les mobilisations et de s’adresser au peuple de gauche, à commencer par les secteurs qui partagent avec lui la conviction qu’il faut au plus vite faire émerger une alternative anticapitaliste. Elle aidera à confirmer l’essai des européennes, à enraciner et à étendre son influence. Elle amplifiera la bataille engagée à partir des trois propositions de loi sur l’urgence sociale, déposées par les parlementaires du Parti communiste et du Parti de gauche. Elle offrira sa pleine cohérence à l’action commune de ses différentes composantes, ainsi qu’à celle de ses élus au Parlement européen, contre la ratification du traité de Lisbonne, que le nouveau référendum irlandais de l’automne va remettre à l’ordre du jour. Elle sera enfin un point d’appui précieux pour aborder les échéances électorales du futur.
Précisément, s’agissant du scrutin régional de 2010, la Gauche unitaire propose que le Front de gauche engage sans tarder une réflexion et un travail d’élaboration en faveur d’une autre politique pour des régions au service du bien commun et de la population. Une telle démarche vise à favoriser un grand débat public à gauche et à y faire la démonstration qu’il est possible de rompre avec les politiques libérales à la tête des conseils régionaux, pourvu que la volonté politique en existe. C’est dans cette logique qu’il est souhaitable d’aboutir à la présentation, sur cette base et au premier tour de ces régionales, à des listes propres du Front de gauche, constituées avec toutes les organisations qui, ne se retrouvant pas nécessairement au sein de celui-ci, convergeraient sur des propositions politiques identiques. Au second tour, dans l’objectif de battre la droite et de conserver à gauche la majorité des régions, nous défendons pour notre part la perspective d’une fusion avec les autres listes de gauche, respectant l’indépendance politique des unes et des autres, sur la base des résultats respectifs de chacune au premier tour, sans accord avec le Modem ou des forces de droite.
La Gauche unitaire est née du refus de la logique de repli adoptée par le Nouveau Parti anticapitaliste. Elle s’est engagée dans le Front de gauche avec la volonté que la gauche de gauche rassemblée finisse par devenir une force qui compte. Elle regroupe aujourd’hui des militantes et militants issus d’horizons divers, qui ont à cœur de contribuer à la refondation d’un projet de transformation radicale de la société et se veulent le vecteur d’une union durable des forces anticapitalistes, porteuse d’une ambition majoritaire à gauche. Elle se considère plus fondée que jamais à poursuivre ce combat. Aux côtés de ses partenaires du Parti communiste et du Parti de gauche, avec les organisations et courants qui ont rejoint le Front de gauche ces derniers mois, en compagnie de ceux qui le feront demain…
Parce que la pluralité du Front de gauche est le gage de son rayonnement et de son essor, rejoignez la Gauche unitaire. Tout autant que pour les élections européennes, l’enjeu est vital : il est de faire renaître l’espoir, pour les luttes comme pour les élections.
21 juin 2009