Dans l'Humanité-dimanche
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les nouveaux Justes
Quai de la Moselle, 13 heures, comme tous les jours, les bénévoles de l’association la Belle Étoile distribuent des repas : une soupe à base de pâtes ou de riz, un morceau de paix, une portion de fromage, un fruit. Plusieurs centaines de personnes se pressent autour de la camionnette blanche. Même scène le soir, à partir de 18 heures, quai Paul- Devot, dit quai Salam, du nom de l’association qui organise la distribution du soir. Les files s’organisent dans le calme. De jeunes hommes pour l’essentiel : Afghans, Irakiens, Érythréens, Somaliens, mais également Palestiniens et Égyptiens. Tous sont là pour une même chose : « le passage ». Franchir ce bras de mer de 30 kilomètres qui sépare la France de la Grande- Bretagne. Là-bas, de l’autre côté du « Channel », ils ont parfois de la famille, des amis.
Et même si personne ne les attend, ils pensent qu’ils pourront y trouver du travail et une vie meilleure. En attendant de passer, ils errent autour de Calais. Depuis la fermeture de Sangatte, ils vivent dans des camps de fortune à la périphérie de la ville : les « jungles ». « Quand Nicolas Sarkozy a fermé Sangatte, il expliquait que ce centre d’accueil était un “appel d’air” pour les réfugiés », explique Monique Delannoy, la présidente de l’association la Belle Étoile. « Sept ans après, il y a toujours autant de migrants à Calais. Le problème n’était pas Sangatte. Le problème, c’est la situation dans leur pays qui pousse tous ces gens à partir, à risquer leur vie, à faire des milliers de kilomètres pour rejoindre l’Europe », ajoute-t-elle. L’actualité lui donne terriblement raison. Le 30 mars, plus de 300 émigrants africains, parmi lesquels des femmes et des enfants, ont péri noyés après le naufrage de quatre bateaux au large des côtes libyennes, alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Italie.
Cette infirmière de 52 ans a vu la situation se dégrader au fil des années. « Aujourd’hui, il y a de plus en plus de mineurs, voire de très jeunes gens de 13 ou 14 ans, qui errent. Lorsqu’on voit cela, on ne peut pas rester insensible, on est obligé de faire quelque chose. » Cette solidarité chevillée au corps et au coeur, Monique assure la tenir de son histoire, de son éducation. Fille de mineur, « un milieu dur mais solidaire », elle grandit dans cette ambiance. Comme Monique, ils sont des dizaines à avoir choisi d’aider. Ils sont hors la loi, ils le savent et ils l’assument. « J’aide, j’ai hébergé et j’héberge encore. S’ils veulent m’arrêter, qu’ils m’arrêtent ! » affirme Joël Deseigne. Pour cet ancien postier syndicaliste, la solidarité n’est pas un vain mot. « J’ai horreur de la misère. Comment ne rien faire lorsqu’on croise des personnes qui ont des conditions de vie indignes et inhumaines ? Et pas à l’autre bout du monde, à quelques minutes de chez soi ! »
Pour Jean-Michel Dewatine et son pote Ali Haj, âgés respectivement de 32 et 27 ans et sans emploi, « c’est de voir cette misère, ces gosses qui n’ont rien, qui a produit le déclic de notre engagement ». Eux aussi « assument », et ce qu’ils trouvent le plus dur, c’est de ne pouvoir « rien faire de plus que donner à manger et un peu de chaleur…
Stéphane Sahuc
La suite à lire dans l’Humanité-dimanche, en kiosques dès le 9 avril 2009