AMIENS Goodyear : le plan social invalidé !
Le tribunal a suspendu les 402 suppressions de postes prévues suite au refus des 4X8 par des syndicats. La CGT exulte face à ce revers sévère pour la direction. La CFTC s'inquiète et parle de simple report de la mort de l'usine.
C'est une grande joie pour les salariés et pour 402 familles qui peuvent se rassurer à l'approche de Noël. » Mickaël Wamen, le délégué de la CGT-Goodyear, exulte. Sa requête judiciaire a abouti. Après des mois de bataille autour des 4X8, le tribunal de Nanterre a ordonné hier, sur la base d'un non respect des procédures légales, l'invalidation du plan social du groupe prévoyant 402 suppressions de postes chez Goodyear (avant 600 autres en 2009), suite au refus en juillet par plusieurs syndicats de signer les 4X8.
Traduction : si la direction décide demain de relancer son plan de réduction d'effectifs, elle devra reprendre à zéro la consultation des comités d'établissement du groupe, sur la base d'un Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) unique, porté alors sur tous les sites français de la multinationale américaine.
« Depuis avril, la direction veut licencier mais elle n'y arrive pas. Ce jugement, c'est aussi une claque lancée aux syndicats signataires des 4X8 », ajoute Mickaël Wamen, qui, malgré les procédures répétées de la direction contre lui-même et son syndicat, s'est senti légitimé hier par la juge.
Toute aussi majeure soit-elle, la « victoire » d'hier ne remet toutefois pas en cause les 4X8 validés chez Dunlop. Mais d'autres procès sont à venir, sur la baisse d'activité temporaire cet hiver liée à la baisse du marché (aujourd'hui au tribunal d'Amiens), et plus tard sur les 4X8 en eux-mêmes.
« Cette décision ne fait que reporter l'échéance de quelques mois, tempérait pour sa part dès hier la CFTC Goodyear-Dunlop. Ça ne va qu'accélérer les choses au niveau des actionnaires et l'animosité entre les usines Nord et Sud d'Amiens. Nous savons que le groupe a décidé de la mise à mort de Goodyear puisque c'est le seul site européen à ne pas fonctionner en 4X8. »
À l'inverse, chez Dunlop, « les projets deviennent réalité : 33 nouveaux pneus sont en cours de développement et deux nouvelles références nous ont déjà été confiées. » Avec une inconnue tout de même désormais, sur le devenir des 58 salariés de l'usine (visés aussi dans le jugement), qui avaient refusé de signer leur avenant 4X8 et donc licenciables dès le 1er janvier, date d'effet de la nouvelle organisation du travail.
Tous les syndicats, signataires ou non, se retrouvent en tout cas sur un constat. « Face à l'incompétence de la direction en droit du travail », comme le note la CFTC, « il est grand temps de remplacer la direction qui essuie revers sur revers », intime SUD-Chimie. « Des gens responsables ! », demande la CGT, histoire de relancer un jour des négociations propres à sortir de l'ornière l'usine et ses 1 400 salariés.
Une requête que la direction goûtera sans doute amèrement. D'autant que le jugement d'hier, prononcé en référé, ne peut faire l'objet de recours. « Cette décision est totalement injustifiée au regard du contexte économique », se contentait d'ailleurs de réagir hier l'intéressée, qui attend de pouvoir examiner l'ordonnance en détail avant d'émettre davantage de commentaires.
GAËL RIVALLAIN