Lucette, diabétique : "Cela me fait peur, cette dérive de la "Sécu"

Publié le par la gauche alternative dans l'Oise

Elle montre une attestation reçue de sa caisse primaire d'assurance-maladie
(CPAM), écrite dans cette novlangue si particulière à la "Sécu" : "Si soins
pour  affections  liste  :  100  % à compter du 3 janvier 1997, pour toutes
prestations en rapport avec maladie du protocole".

C'est  son sésame, la preuve qu'elle bénéficie du remboursement intégral de
ses  frais  médicaux  au  titre  d'une  affection  de  longue  durée (ALD).
Diabétique   insulino-dépendante,  Lucette  Bricard-Delcambre,  qui  vit  à
Lagny-sur-Marne  (Seine-et-Marne),  souffre  depuis  toute  petite de cette
"maladie  qu'on  soigne  mais  qu'on  ne guérit pas". "Voilà pourquoi je me
retrouve dans cette catégorie de malades qu'on pointe aujourd'hui du doigt,
alors que je n'ai tout simplement pas le choix !", s'insurge-t-elle.

A  55  ans, Lucette se souvient comme d'hier du 28 février 1961, le jour où
les  médecins ont diagnostiqué son diabète de type 1. "J'avais 8 ans, je ne
me  rendais  pas  du  tout compte de ce que cela impliquait, s'amuse-t-elle
aujourd'hui.  Les  médecins m'ont expliqué que je devrais faire des piqûres
tous les jours et je trouvais ça génial !"

La  vie  avec  le  diabète s'organise, à raison d'une piqûre d'insuline par
jour  pour  compenser le dysfonctionnement de son pancréas qui n'en produit
plus.  A  l'adolescence,  elle monte à deux piqûres par jour, puis quatre à
l'âge  adulte.  Avant  de  passer  récemment à la pompe à insuline, qu'elle
porte  en permanence sur elle, Lucette a fait le compte : depuis l'enfance,
elle s'est piquée jusqu'à 34 000 fois !

5 000 EUROS PAR AN

Webmaster  dans  un grand groupe de distribution, Lucette a bien conscience
de "coûter à la société" du fait de son diabète. La pompe à insuline vaut 2
800  euros,  le  lecteur  de glycémie, 80 euros, et les deux appareils sont
remboursés  intégralement  tous les quatre ans. Il faut y ajouter 350 euros
par  mois  pour  l'insuline  et les divers médicaments que lui prescrit son
diabétologue, tous remboursés à 100 %.

Au final, si elle compte les consultations chez le médecin et les analyses,
Lucette  estime que son diabète occasionne près de 5 000 euros de frais par
an  à  l'assurance-maladie.  "Oui,  c'est vrai, les ALD sont des affections
longues  et coûteuses, reconnaît-elle. Mais contrairement aux idées reçues,
je ne coûte que pour mon diabète, je ne profite en rien du système !"
L'idée  que  les patients en ALD se feraient rembourser à 100 % pour toutes
leurs maladies a le don de la hérisser. "Mon médecin remplit une ordonnance
bi-zone,  avec les médicaments remboursés à 100 %, pour mon diabète, et les
autres,  le  tout  bien  séparé,  explique  t-elle,  c'est très surveillé. Si je vais me faire soigner une angine, je paie comme tout le monde, avec ma mutuelle."

La  focalisation  sur  les ALD pour réduire le déficit de la "Sécu" l'agace
d'autant  plus  qu'elle  aboutit, selon elle, "à des calculs à courte vue".
Prenez l'idée de baisser de 100 % à 35 % le remboursement des médicaments à vignette bleue ? "J'entends dire que ce sont des médicaments de confort, ce
n'est  pas du tout le cas, ce sont des médicaments complémentaires qui nous
évitent des effets secondaires importants", assure t-elle.

A ce titre, elle prend du Vastarel pour prévenir les problèmes vasculaires,
ainsi que du Tahor et du Plavix, deux anti-cholestérol. "Bien sûr, j'aurais
les  moyens de me les payer, mais d'autres patients, eux, risquent de moins
se  soigner  si  on  dérembourse ces médicaments. Or, s'ils multiplient les
complications, ils vont coûter encore plus à l'assurance-maladie !"

Lucette  ne se fait pas d'illusions. Le nombre croissant de patients en ALD
(12  millions  attendus  pour  2015)  va  dans  le sens "de plus en plus de
déremboursements".  Déjà,  les  franchises  médicales,  instaurées  au  1er
janvier,  lui  font payer de sa poche entre 6 à 7 euros par mois sur chaque
ordonnance.  "Cela  me  fait peur, cette dérive de la Sécu qui se désengage
toujours   plus,   car  j'ai  une  maladie  dont  je  ne  guérirai  jamais,
analyse-t-elle.  En  France,  jusqu'ici,  on  était  très  bien couvert. Je
trouverais dommage que les choses s'inversent."




Cécile Prieur

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Publié dans réflexion - débat

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