Sur la crise alimentaire par Patrick Braouezec

Publié le par la gauche alternative dans l'Oise

 

 

Lors de leur dernière Assemblée à Washington, le FMI et la Banque mondiale ont tiré la sonnette d’alarme contre la forte hausse des prix des denrées alimentaires de base dans le monde et les émeutes de la faim qui en ont résulté dans plusieurs dizaines de pays.

En un an, les prix du riz et du blé ont doublé, celui du maïs a progressé de plus d’un tiers. Les stocks céréaliers sont au plus bas depuis 25 ans. Le coût d’un repas a fortement augmenté et les risques de famine sont très inquiétants.

La Banque mondiale semble surtout inquiète pour les troubles sociaux que cette situation engendre. Ces troubles pourraient sérieusement malmener le système économique néolibéral promu avec force depuis 25 ans par le FMI et la Banque mondiale : un système structurellement générateur de pauvreté, d’inégalités, de corruption, interdisant toute forme de développement et de souveraineté.

On ne peut se contenter de justifier cette envolée des prix par les dérèglements climatiques qui somme toute ne peuvent qu’expliquer une diminution des stocks ; ou par la hausse du prix des transports répercuté sur celui des marchandises, ou par une demande croissante de la Chine et de l’Inde en matières premières -peut on sérieusement reprocher aux peuples chinois et indien de vouloir se nourrir comme les Occidentaux, sans risquer d’exprimer une position politique ouvertement impérialiste, voire raciste ? Les raisons de ces émeutes ne peuvent être renvoyées au développement des agrocarburants -initié il y a moins de 20 ans- qui excluent plus de 100 millions de tonnes de céréales par an du secteur alimentaire ou par la spéculation intense suite à l’éclatement de la bulle de l’immobilier aux Etats-Unis. C’est restrictif et non suffisant.

Il ne faut pas oublier de pointer d’une part, la responsabilité du FMI et de la Banque mondiale qui contraint, depuis les années 80, les pays du Sud à adopter des politiques d’ajustement structurel qui se sont révélées destructeurs de tout le tissu social et dramatiques sur de nombreux plans et d’autre part, la revendication des sociétés civiles qui aspirent à une véritable expression démocratique et qui n’en peuvent plus d’être victimes de ces politiques imposées par les IFI.

Dès lors, ces manifestations ne peuvent être réduites à des émeutes de la faim.

Les pays occidentaux, pour sauver le profit des riches, ont injecté, par l’intermédiaire de la Banque centrale et de la Réserve fédérale, des milliards de dollars au détriment des acquits sociaux. Ce faisant, ils ont mis la planète en danger. Aujourd’hui, des millions de personnes sont menacées dans leur sécurité alimentaire, il serait mieux que ces mêmes pays injectent des milliards pour éviter la famine plutôt que de donner aux riches des garanties qui leur permettent de spéculer en paix.

Il ne s’agit pas que la Banque mondiale ou le FMI agitent le spectre "de (s) centaines de milliers de personnes (qui) vont mourir de faim" si l’inflation continue. Il faut non seulement demander l’annulation totale et immédiate de la dette extérieure publique des pays du Sud et l’abandon des politiques néolibérales mais exiger une autre répartition des richesses.

16 avril 2008

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Publié dans réflexion - débat

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