Un courrier de Claude Debons à la direction de la LCR,

Publié le par la gauche alternative dans l'Oise

Camarades,

Ayant été pendant 25 ans (1968-1993) militant de la LCR sous ses différentes appellations, ayant participé pendant plusieurs années à diverses instances de direction (direction de ville, commissions ouvrières ou syndicales, comité central), étant toujours abonné à Rouge, ayant continué à militer avec la LCR dans divers cadres unitaires depuis, j’avoue ressentir très mal la décision de sa direction de se « débarrasser » de Christian Picquet. Je ne suis pas dupe des raisons officiellement avancées. Je connais aussi suffisamment Christian pour savoir qu’il sait allier la fermeté dans la défense de ses convictions avec la loyauté dans le fonctionnement collectif d’une organisation. Le travail abattu depuis longtemps, à la direction de Rouge et au Bureau Politique, y compris dans les périodes de « vaches maigres » ou les salaires n’étaient pas « gras », en témoigne. Je sais aussi que de tels engagements ne peuvent être nourris que par de solides convictions.

Pour moi, cette mise à l’écart est une mauvaise action qui a des fondements politiques. Elle ne peut être ressentie — du fait de la place importante et ancienne qu’occupait Christian dans les débats internes — que comme une volonté d’affaiblir (étouffer ?) la parole minoritaire. C’est une rupture avec une tradition de fonctionnement qui se voulait très scrupuleusement respectueuse des minorités et de la pluralité du débat. Cette tradition ne tombait pas du ciel, mais découlait du long combat mené contre les pratiques du stalinisme et pour un socialisme démocratique. Les normes de fonctionnement interne s’efforçaient de traduire cette exigence. La « légèreté » de certains arguments employés aujourd’hui pour « justifier » cette mise à l’écart traduit-elle l’ignorance ou l’oubli de cet héritage ?

C’est aussi un mauvais signal lancé quant à la conception du nouveau parti anticapitaliste. Observateur attentif du dernier congrès, j’avais bien vu qu’avait été rejeté un amendement proposant de préciser que le NPA devrait être « pluraliste ». Pourtant, nombre de ceux/celles qui s’intéressent à la perspective d’un nouveau parti anticapitaliste le font dans une vision de rassemblement pluraliste des courants antilibéraux et anticapitalistes. Cette volonté d’affaiblir la minorité — et même de la « pousser » vers la sortie si j’en crois certains propos — serait-elle une mesure préventive visant à empêcher que cet état d’esprit d’éventuels nouveaux adhérents ne rencontre une pensée structurée portant les mêmes préoccupations ? En tout cas cette décision renforce la perception que le NPA entend rassembler des individus isolés autour d’un seul courant politique mais pas construire avec d’autres courants, s’empêchant par là-même de bousculer l’actuelle domination du social-libéralisme à gauche.

Alors que nous sortons d’une période où les convergences unitaires nous avaient permis de remporter la victoire du 29 mai 2005, l’échec de la candidature à la présidentielle (à laquelle les directions de la LCR et du PCF ont lourdement contribué) suivi de quelques hirondelles municipales, devraient-ils conduire au repli de chacune des organisations existantes sur ses certitudes et/ou à l’illusion que l’une d’entre-elle détiendrait seule les clés de l’avenir ? Exit donc ce mouvement citoyen, pluraliste et bouillonnant, rencontré tout au long de la campagne du référendum et dans les grands meetings pour une candidature unitaire ? La réalité se chargera de montrer la vacuité de telles prétentions.

Régler un désaccord sur la conception de la nouvelle force à construire à gauche par une mesure administrative renvoie une image déplorable de la LCR et de son projet. Vous ne serez pas surpris de mon soutien et de mon amitié affirmés à Christian Picquet et ses camarades dans ces circonstances.

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