Pour l'UMP, le parachute de Gautier-Sauvagnac est un mauvais signal

Publié le par la gauche alternative dans l'Oise

En révélant dans le numéro du 1er mars de Marianne que des patrons ont monnayé le silence de Denis Gautier-Sauvagnac, Eric Decouty a interrompu les vacances de Laurence Parisot, perturbé la visite présidentielle en Afrique du Sud… et relancé une affaire qu'on croyait close. 

« Cela me fait l'effet de la révélation d'un secret de famille », s'était étranglée la présidente du Medef quand avait éclaté l'affaire des caisses de l'UIMM en octobre dernier. L'enquête d'Eric Decouty dans l'édition de Marianne du 1er mars donne un saisissant relief à sa remarque : Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) a obtenu des membres du bureau de l'UIMM une enveloppe de 1,5 million d'euro et une garantie de couverture des frais de justice que pourrait occasionner sa mise en examen (prononcée le 15 janvier), en échange de son silence sur les bénéficiaires des retraits dans les caisses de l'UIMM. Et qui donc a mené les négociations entre DGS et l'UIMM ? Michel de Virville, secrétaire général de Renault et président de la commission des relations du travail et de l'emploi au Medef, accessoirement bras droit de Laurence Parisot. Raison pour laquelle cette dernière a interrompu ses vacances le vendredi 29 février pour revenir à Paris et « prendre les décisions qui s'imposent ».

Du fait de l'implication directe d'un des responsables du syndicat, le Medef ne peut, cette fois-ci, se fendre de la même neutralité qu'il avait affichée au début de l'affaire. Le réflexe de la présidente avait alors été de plaider pour une « nouvelle ère de transparence », évoquant même une « charte éthique » dont l'adoption serait un préalable à l'entrée au Medef. Dans les faits, cette « charte », qui exige notamment des comptes certifiés, a été acceptée par le conseil exécutif du syndicat. Elle doit maintenant être entérinée par l'assemblée générale de juin prochain, avant la mise en conformité des diverses fédérations qui composent le Medef. Opération qui devrait aboutir en juin 2009. Une mesure d'urgence, donc.
 
 
Anne Lauvergeon en ligne de mire ?
Si le nouveau président de l'UIMM, Frédéric Saint-Geours, a soutenu sur Europe 1 que l'argent promis à DGS n'était qu'une prime de licenciement et que la fédération ne garantissait financièrement que les retombées fiscales (et non judiciaires) de l'affaire, la vivacité des réactions laisse présager de sérieux remaniements à venir.

Injoignable, puisqu'en visite officielle en Afrique du Sud, l'équipe du président de la République préparerait néanmoins une déclaration sur le sujet. Car, dans ses bagages, Nicolas Sarkozy avait tout de même emmené rien de moins qu'Anne Lauvergeon, présidente d'Aréva, membre du conseil exécutif du Medef…et membre du bureau « restreint » de l'UIMM ayant validé l'accord avec DGS. Après la grande distribution et le capitalisme financier, les pontes de la métallurgie pourraient-ils se faire remonter les bretelles par le chef de l'Etat ?

Dominique Paillé appelle le patronat à établir «un cadre de décence»
Ces dernières révélations sont en tout cas du pain béni pour la gauche. Stéphane Le Foll, directeur de cabinet de François Hollande, s'est immédiatement prononcé pour une annulation de l'accord entre DGS et l'UIMM… par le gouvernement !

Côté majorité présidentielle, la discrétion est de mise : à l'heure où nous écrivons ces lignes, aucune membre de la majorité ou de l'UMP n'a réagi. Dominique Paillé, Secrétaire général adjoint de l'UMP, a fait part à Marianne2.fr de sa « surprise, sinon de sa stupéfaction » face à la nouvelle, notamment sur le fait que seule une partie du bureau de l'UIMM avait validé un des volets de l'accord. « Ces montants exorbitants jettent sur le patronat un cadre de déconsidération dont il n'avait pas besoin, a-t-il insisté. Cet accord est un très mauvais signal et le patronat, qui se plaint souvent de sa mauvaise image, se doit d'établir un cadre de décence. » Il a par ailleurs affirmé ne pas douter que, après s'être prononcé sur le capitalisme financier dans l'affaire Kerviel et la grande distribution suite à l'enquête de 60 millions de consommateurs, le président de la République ne manquerait pas de donner son opinion sur le dernier rebondissement du dossier UIMM. On attend ça avec impatience !
 
 
Vendredi 29 Février 2008 - 18:11
Sylvain Lapoix
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Publié dans lu dans la presse

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