Le retour de l'opium du peuple

Publié le par la gauche alternative dans l'Oise


 
Celles et ceux qui s'étonnent ou s'indignent des récents discours du président de la République à la basilique du Latran, puis à Riyad, ou encore au dîner du CRIF ont raison, mais nous étions tous prévenus : le système Sarkozy était déjà clairement exposé dans un ouvrage publié en 2004 et intitulé « La République, les religions, l'espérance ». Le livre regorge d'aphorismes religieux incompatibles avec la laïcité, sauf qu'à l'époque ce n'était pas le chef de l'État qui s'exprimait, mais un individu aux autres pareil (ou presque). 

Ainsi, la religion est-elle « une source d'apaisement utile au fonctionnement de la République », tandis que la laïcité doit être « positive », c'est-à-dire empreinte « de respect, de sympathie et éventuellement d'encouragements pour l'intervention des Églises dans de larges domaines ». Ou encore, toujours à propos de la laïcité, cette définition pour le moins restrictive : « la laïcité, c'est le droit de croire et de pratiquer sa religion de manière libre, publique et égale pour tous les cultes. » 
 
On le voit, la ligne jaune était franchie depuis longtemps, et les discours du Président n'ont fait que confirmer les propos antérieurs du candidat, en y ajoutant toute la solennité créée par sa fonction. 

Et donc, celui qui devrait être le président de tous les Français s'en va clamer partout qu'un prêtre a plus de valeur qu'un instituteur, que la foi est une sorte de valeur ajoutée, que le XXIe siècle sera religieux, tout en laissant entendre que les sectes ne sont pas si dangereuses que ça. 
 
Nicolas Sarkozy est-il pour autant un « fou de Dieu » ? On peut en douter, et il semble surtout que nous assistons au retour de la religion « opium du peuple », ou du moins à une tentative pour aller dans cette voie. Il faut dire que, lorsque les peuples n'ont plus rien à espérer, il ne leur reste que l'insurrection… ou la foi. 

Le mariage du sabre et du goupillon n'est pas une nouveauté ; il nous ramène des décennies, voire des siècles en arrière, lorsqu'on noyait les révoltes dans le sang tout en promettant aux pauvres le bonheur éternel, pourvu qu'ils sachent courber l'échine. 
 
C'est bien à ce stade qu'on voudrait nous faire revenir, à une époque où le néolibéralisme, dernier avatar du capitalisme, accumule les profits pour une infime minorité en réduisant comme peau de chagrin tous les acquis sociaux. 

Reste que la France n'est pas mûre pour une telle « évolution », et le message ultra-conservateur du président de la République ne passe pas, du moins pour l'instant. 

Car, ne nous y trompons pas, ce n'est que le début d'une offensive à laquelle il nous faudra résister pied à pied. Défendre la laïcité, c'est en même temps défendre toutes les conquêtes sociales du XXe siècle, notamment celles du Front populaire et de la Libération. 

Autant dire qu'Attac ne peut rester muette face aux provocations de Nicolas Sarkozy, et qu'elle fera tout pour sauvegarder une vraie laïcité, celle qui « place les principes de la République au-dessus de toute vérité révélée, en garantissant l'indépendance de la sphère publique par rapport au religieux, tout en refusant toute limitation des libertés de conscience et d'expression individuelles ou institutionnelles, dans la mesure où elles ne contredisent pas les valeurs républicaines fondamentales, les droits des femmes et les lois qui les garantissent »
. (1) 
 
  (1) Manifeste altermondialiste d'Attac, éditions Mille et une nuits. 
 
Le Bureau d'Attac France 
Montreuil, le 21 février 2008 

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Publié dans réflexion - débat

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