La fronde contre les OGM reprend vigueur au niveau européen
26/11/07 17:30 - par Yves Clarisse
BRUXELLES (Reuters) - Plusieurs Etats membres de l'Union européenne demandent une révision de la procédure d'autorisation des Organismes génétiquement modifiés (OGM), qui aboutit à un feu vert dans presque tous les cas.
Les ministres de l'Agriculture des Vingt-Sept se sont réunis à Bruxelles pour débattre de ce dossier qui prend à nouveau de l'ampleur et qui divise l'UE avec des opinions publiques aux sensibilités très disparates.
A l'heure actuelle, les Etats membres doivent approuver de nouvelles autorisations de commercialisation d'OGM à la majorité qualifiée, mais ils ne parviennent que rarement à l'atteindre.
Résultat: la procédure prévoit que Commission a le dernier mot et elle se prononce presque toujours pour une autorisation .
"Il faudrait arrêter cela et nous devrions voir si la procédure fonctionne correctement", a déclaré le ministre allemand de l'Agriculture, Horst Seehofer.
En attendant les conclusions de ce débat, il y aurait un moratoire sur les autorisations de culture de variétés OGM.
L'Italie est sur la même longueur d'ondes et le ministre français de l'Agriculture, Michel Barnier, a également abondé dans ce sens lors d'une conférence de presse.
"On observe sur cette question une très forte sensibilité de l'opinion publique, beaucoup de débats, beaucoup de peurs", a-t-il expliqué, tout en soulignant qu'il ne veut pas mettre des obstacles aux échanges. "Nous devons mettre en place des procédures qui sont incontestables."
LA COMMISSION DIVISÉE
Lors du "Grenelle de l'environnement", Paris a annoncé le gel de l'utilisation en France du maïs Monsanto 810, le seul maïs autorisé à la culture commerciale au niveau européen, en attendant le vote d'une loi prévue pour le mois de janvier.
La Commission européenne est totalement opposée à cette révision de la procédure d'autorisation et souligne qu'elle prend ses décisions uniquement sur la base des meilleurs avis scientifiques concluant à l'innocuité des OGM mis sur le marché.
Mais l'exécutif européen est lui aussi divisé.
Pour la commissaire européenne à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, "reporter de nouvelles autorisations aurait des conséquences dramatiques" pour l'Union européenne, déjà confrontée au risque de pénurie dans certaines productions.
"La conséquence est que la production de viande se déplacera vers des pays tiers", a-t-elle dit en soulignant que l'on importerait alors de la viande américaine nourrie avec des OGM qui, parfois, ne sont pas autorisés par l'UE.
Le commissaire à l'Environnement, Stavros Dimas, a quant à lui émis fin octobre des doutes sur certaines variétés d'OGM.
A la grande colère de ses homologues, il a estimé que deux types de maïs OGM, le Syngenta Bt-11 et le 1507 produits par Pionneer Hi-Bred International, une filiale de DuPont Co et de Dow AgroSciences, devraient être interdits de commercialisation dans l'UE.
Dimas refuse également de donner son feu vert à la commercialisation de semences de pommes de terre OGM.
Le débat est double puisqu'il concerne les risques de dissémination dans l'environnement des OGM cultivés en Europe, soit à des fins commerciales, soit à des fins expérimentales, et les importations de viande des pays tiers nourrie aux OGM.
L'industrie biotechnologique craint les effets d'un tel débat et des moratoires sur l'opinion publique.
Si l'UE devait suivre la revendication allemande, elle risquerait de se heurter aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a une vision libérale de ce dossier.