Gagner plus...

Publié le par la gauche alternative dans l'Oise



« La rue, elle ne me fera pas plier, parce que nous sommes dans une démocratie. Le droit de grève, c’est un droit qui est reconnu, mais je vais vous dire quelque chose : le chantage à la rue, ça ne marchera pas », déclarait Sarkozy, avec une agressivité non dissimulée, à un camarade cheminot. La scène se déroulait vendredi 26 octobre, au centre de maintenance SNCF de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où il avait cru bon d’aller à la rencontre des cheminots, sans doute pour dialoguer... « Vous pouvez me chanter ce que vous voulez », s’est-il exclamé en guise de dialogue, comme pour ponctuer une visite qui n’avait d’autre but que d’affirmer sa détermination à ne pas céder. Il ne doit pas être si sûr de lui, pour venir ainsi faire pression, peser au maximum contre les cheminots et ceux qui relèvent des régimes spéciaux, en invoquant sa légitimité, le verdict des urnes.

Cette légitimité est pour le moins contestable, alors que la démagogie du candidat Sarkozy apparaît bien pour ce qu’elle était, un bluff, un mensonge, destinée à abuser la population. Le « travailler plus pour gagner plus » se révèle chaque jour d’avantage comme le « travailler plus pour gagner moins ». Le baratin sur la valeur travail n’est qu’une pure fumisterie.

« On est en train de s’appauvrir avec votre réforme des retraites », lui a répondu un cheminot, les yeux dans les yeux. Oui, c’est bien toute la politique du gouvernement qui appauvrit les salariés et les classes populaires au profit des patrons et des privilégiés - les vrais. Et quand Sarkozy déclare, devant le Conseil économique et social (CES), à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, qu’« il est inaccep¬table que 7 millions de personnes vivent en France sous le seuil de pauvreté », il continue de se moquer du monde, lui qui n’imagine même pas augmenter les minima sociaux.

De la même façon, quand il prétend vouloir que « la question du pouvoir d’achat devienne une priorité nationale et qu’elle trouve, à ce titre, toute sa place dans les négociations entre les partenaires sociaux ». Là encore, bluff et mensonge, comme l’a amplement démontré la conférence dite sur l’emploi et le pouvoir d’achat, un fiasco total, qui ressemble à une provocation contre les salariés.

La loi sur l’allégement des prélèvements fiscaux des heures supplémentaires, paraît-il au centre du dispositif gouvernemental pour le pouvoir d’achat, s’avère un leurre. Les patrons n’en veulent pas. Il est tellement plus simple de faire faire des heures sup’ sans même les payer. L’État n’est d’ailleurs pas en reste en la matière. Le ministre de la Fonction publique, Éric Woerth, a eu le cynisme de proposer au personnel hospitalier de payer 30 % des heures supplémentaires qui sont dues en guise de coup de pouce au pouvoir d’achat ! Le gouvernement vante les heures sup’, lui qui ne les paye même pas ! Voilà la démocratie et la légitimité selon Sarkozy !

La hausse des prix est, en revanche, bien là, incontestable, en premier lieu celles des produits de première nécessité, du fait de l’augmentation des prix des matières premières agricoles (lait et blé), de l’essence, des loyers... Toutes les statistiques indiquent l’explosion des inégalités. La proportion de salariés rémunérés au niveau du salaire minimum est passée de 8,6 % en 1991, à 15,1 % en 2006, un record. À cette date, 27 % des travailleurs des secteurs privé et semi-public, avec des emplois bénéficiant à plein des allégements de cotisations, touchaient moins de 1,3 Smic. Avec les précaires, intérimaires, CDD, temps partiels, ce sont plus de 37 % des salariés qui perçoivent moins de 1,3 smic. Plus de 60 % des branches de l’industrie et du commerce ont un minimum salarial en dessous du Smic. On compte 2,5 millions de travailleurs pauvres. En revanche, les 3 500 foyers les plus ri¬ches de France - sur un total de 35 millions de foyers fiscaux -, qui ont déclaré, en 2005, un revenu moyen de 1,88 million d’euros, ont vu leur revenu réel progresser de 42,6 % au cours de ces huit années. C’est le capital qui se valorise, pas le travail !

Le sentiment que ce gouvernement se paye ouvertement notre tête vient accentuer le mécontentement. La grève des hôtesses et stewards, les personnels navigants commerciaux d’Air France, le démontre avec force. Il faut remonter à 1998 pour retrouver une grève aussi suivie. « On doit faire plus avec moins de personnel » : cette déclaration d’un militant de SUD résume le ras-le-bol (les salaires stagnent, le pouvoir d’achat recule). Les fonctionnaires, qui seront en grève le 20 novembre, portent le même ras-le-bol, toujours moins nombreux pour faire toujours plus et les salaires à la remorque... Oui, tant dans la défense des pensions des retraités que pour les salaires ou les minima sociaux, c’est bien la valeur du travail qui se discute, la part des richesses produites qui revient à ceux qui les produisent. Par-delà « la spécificité » propre à chaque branche ou catégorie, les revendications des cheminots, des fonctionnaires, des salariés du privé, d’Air France ou d’ailleurs, formulent la même exigence. Elle plaide pour un « tous ensemble », un mouvement interprofessionnel.

Yvan Lemaitre -LCR-

Publicité

Publié dans réflexion - débat

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article