Nucléaire lybien : La Gauche exige la transparence

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Sous la pression des parlementaires PCF et PS, Nicolas Sarkozy a accepté la mise en place d’une commission parlementaire. Elle devra faire la clarté sur les conditions de la libération des otages.

 

Les nouvelles déclarations de Saïf Al-Islam Kadhafi n’auront pas convaincu. Quelques jours seulement après son entretien au journal « Le Monde », où il révélait qu’un accord militaire entre Paris et Tripoli avait été central dans les négociations pour la libération des soignants bulgares, le fils du colonel Kadhafi a changé de cap. « Le contrat d’armement signé par la Libye (…) n’avait pas pour contrepartie la libération des six », a-t-il déclaré samedi 4 août. Pour Alain Bocquet, député communiste, membre de la commission des affaires étrangères de l’assemblée nationale, « tout cela contribue à ajouter au trouble et au doute ».

« Les soignants ont été libérés, et c’est l’essentiel, souligne le député, mais, derrière, toute la clarté doit être faite. »

 

Les demandes d’explications se sont multipliées à gauche après que Tripoli eut annoncé la signature de contrats d’armement avec le groupe franco-allemand EADS pour une valeur d’environ 300 millions d’euros. Le PCF et le PS ont demandé et obtenu, la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire ; « Nous n’apprenons les éléments du dossier que par bribes, et notamment par la partie libyenne, ce qui est plus que choquant », soulignait François Hollande. Pour le premier secrétaire du PS, cette commission doit « permettre de comprendre ce qui a été lié à la négociation pour libérer les infirmières bulgares, mais aussi la relation que la France est en train d’engager avec la Libye, notamment en matière d’armement ou de coopération nucléaire. »

 

Satisfait de l’annonce de la mise en place de cette commission, Alain Bocquet met toutefois en garde : « Encore faut-il qu’elle dispose de moyens véritables et que son champ d’investigation soit élargi. Car, derrière cette affaire, il y a non seulement une exigence de transparence et de vérité, mais aussi la nécessité de revoir la conception de la diplomatie française. » Le régime libyen a instrumentalisé l’affaire, faisant des détenus bulgares des boucs émissaires et une monnaie d’échange. Dans ce contexte, on ne parle pas d’échange de biens alimentaires ou culturels, mais d’armements, rappelle l’élu communiste, qui dénonce l’utilisation de « questions qui relèvent de l’humanitaire (…) pour favoriser les intérêts des groupes privés. » « La France a un rôle historiquement original à jouer pour une diplomatie fondée sur le respect mutuel des Etats et des nations et une véritable coopération pacifique » estime-t-il. Durant plus d’une semaine, les informations ont été lâchées au coup par coup, par Tripoli ou Paris. Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas tout dit dès le départ ? s’interroge-t-on. « On a voulu occulter que la libération n’était seulement liée à l’efficacité diplomatique de M. Sarkozy et de son entourage », estime François Hollande. En vacances à Wolfeboro, aux Etats-Unis, Nicolas Sarkozy s’est défendu en expliquant que le contrat était en discussion depuis 18 mois et que «  la transparence était totale ». Il en a profité pour renvoyer les socialistes dans leur but, leur reprochant de n’avoir rien fait lorsqu’ils étaient au gouvernement.

« Les infirmières bulgares étaient bien détenues en Libye lorsque nous étions en cohabitation avec Jacques Chirac dans la période 2000-2002. sauf qu’à cette époque il n’y avait pas de relation possible avec le régime libyen » répond François Hollande. La Libye était sous embargo et accusée d’avoir fait abattre le DC 10 de la compagnie UTA. « Le régime était considéré comme un Etat terroriste. Si nous avions eu des relations, l’opposition de l’époque, dont M. Sarkozy, nous en aurait fait le reproche », explique-t-il, « surpris de cette mise en cause ».

Au-delà du contenu de la négociation, les interrogations de portent sur la manière dont cette affaire a été menée. Un ministre des Affaires étrangères visiblement mis de côté, un premier ministre muet et un président de la République plutôt sur la réserve. « Notre démocratie est sortie déformée de cet épisode », a estimé François Hollande. Auditionné par la commission des Affaires étrangère, Bernard Kouchner n’avait pas évoqué de contrat d’armement. « Soit il n’a rien dit alors qu’il savait, et c’est grave, soit il l’ignorait et ça l’est tout autant. », fait remarquer Alain Bocquet, qui voit dans cet épisode l’illustration de la « reprise en main par l’Elysée et tous les rouage de l’Etat ».

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