sécurité sociale, le déficit n’existe pas

Publié le par la g

La France est-elle encore capable de financer une protection sociale digne
de ce nom, digne de ce siècle et des besoins des Français ? Bernard Teper,
président de l’Union des familles laïques (UFAL) et porte-parole des Etats
généraux de la santé et de l’assurance maladie (EGSAM), répond à nos
questions.


La Terre : Le déficit de la sécurité sociale a baissé, nous dit-on. La réforme
Douste-Blazy de 2004 y est-elle pour quelque chose ?


Bernard Teper : D’abord, permettez-moi de m’étonner du fait que la
protection sociale, qui est la première préoccupation des Français et
représente 30 % de la richesse nationale, ne soit guère débattue dans cette
campagne. Ensuite, le déficit est « fabriqué », il n’existe pas : en 25
ans, la part des profits dans la richesse nationale a augmenté de 10 %, et
la part des revenus du travail et cotisations sociales a baissé d’autant.
Cela représente 170 milliards d’euros, puisque le PIB (produit intérieur
brut) est à peu près de 1 700 milliards. Autrement dit, le capital opère
chaque année un prélèvement direct de 170 milliards dans la richesse
nationale, et on s’étonne de 10 à 15 milliards de « trou » de la Sécu ?
C’est un choix : pour répondre aux besoins sociaux, il faut revenir sur ce
transfert. Si on refuse cela, alors il faut limiter les soins. C’est ainsi
que les inégalités sociales de santé ne cessent de croître.


Mais on nous parle d’abus, de gaspillage...


C’est une fable ! Des études ont été faites : cela représente seulement
entre 1 et 3 milliards. Cela a néanmoins justifié des restrictions dans
l’accès aux soins - qui contrairement à ce qui avait été dit, n’ont pas
permis de résorber le déficit. On en voit les conséquences avec, par
exemple, la quasi-disparition des ophtalmologistes de secteur 1 (tarif
conventionné) dans les départements ruraux. Et quand il n’y a plus que des
ophtalmos de secteur 2 (honoraires libres), les gens soignent moins leurs
yeux. Réduire les soins des plus pauvres, des plus faibles, ce n’est pas
cela, la solidarité. On ne peut pas résoudre l’équation de la protection
sociale sans rompre avec les politiques néolibérales.


Cela vaut-il aussi pour les retraites ?


Cela vaut pour tout l’édifice de la protection sociale : maladie, retraite,
famille, accidents professionnels, et aussi la dépendance.


Pourtant, il y a l’évolution démographique ?


Bien sûr, mais il faut aussi prendre en compte la masse des richesses
créées, qui s’est considérablement accrue ! En 5 ans, je le disais, on a
gagné 10 points de PIB, soit 170 milliards. Les 10 milliards de déficit ne
sont donc pas liés à la démographie : il « suffit » de modifier le partage
des richesses et le problème est réglé. Ensuite il faut savoir ce qu’on
veut faire de ces 170 milliards : des crèches, augmenter les salaires,
dépister le cancer du sein, revenir à 37,5 années de cotisation pour la
retraite... Ça, c’est le débat politique. Ce que je dis n’est pas utopique
: revenir sur le partage des richesses tel qu’il était dans les années 80,
ce n’est pas demander la révolution mondiale !


Les cotisations patronales ont baissé de 9 % en 25 ans : il faut les
augmenter.


Comment modifier le partage des richesses ?


Les cotisations patronales ont baissé de 9 % en 25 ans : il faut les
augmenter. Mais cela ne suffira pas : les EGSAM ont proposé une taxe
additionnelle, assez élevée, sur les profits non utilisés pour
l’investissement productif. Il est normal que l’entrepreneur qui réinvestit
soit moins taxé que celui qui distribue des dividendes aux actionnaires, ou
qui spécule.


D’autres propositions sont avancées...


La TVA sociale, par exemple ? Mais la TVA est l’impôt le plus injuste, elle
n’est pas progressive, elle frappe le pauvre autant que le riche. La CSG ?
On dit qu’elle est juste parce qu’elle touche tous les revenus : c’est un
mensonge. Elle est assise à 88 % sur les salaires et ne frappe que les
ménages, absolument pas les revenus financiers des entreprises, des
banques, des assurances. Ce sont des solutions injustes, qui favorisent les
catégories les plus aisées et défavorisent les catégories populaires. En
termes de territoires, cela favoriserait les zones urbaines, qui
concentrent les revenus les plus élevés, et lèserait les territoires
ruraux. On fustige aujourd’hui les « prélèvements obligatoires » mais en 25
ans, les cotisations patronales à la Sécu ont baissé de 9 % ! Cela a
commencé en 1983 et s’est poursuivi depuis sans discontinuer - même s’il
est vrai que le mouvement a été un peu moins prononcé sous les
gouvernements de gauche. Ce sont les faits. Il est temps de changer de
logique - y compris sur le plan des soins eux-mêmes, en consacrant à la
prévention la part des dépenses qu’elle mérite.

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Publié dans réflexion - débat

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