A Lille, l'économie sociale expérimente le "sol", une monnaie solidaire

Publié le par la gauche alternative dans l'Oise

 

 

Monnaie complémentaire imaginée par la MAIF, la Macif, le Crédit coopératif et Chèque Déjeuner, quatre acteurs de l'économie sociale, le "sol" (pour "solidaire") est en cours d'expérimentation à Lille jusqu'à la fin 2008. Les porteurs du projet espèrent ensuite étendre leur réseau sur l'ensemble de la région Nord - Pas-de-Calais. Concrètement, le sol est une monnaie électronique. Une carte à puce, chargée de contre-valeurs en euros, sert de moyen de paiement et d'échange, et fonctionne comme une carte de fidélité. Baptisé "sol coopération", elle n'est valide qu'au sein d'un réseau d'entreprises qui partagent les mêmes valeurs économiques et sociales.

L'initiative part du constat que la monnaie, devenue une "fin en soi", ne facilite plus les échanges et les activités entre les hommes. "Pour y parvenir, un gros travail d'explication et de mobilisation a été lancé et se poursuit", explique Sophie Delebarre Lorens. Consultante pour la coopérative de conseil E2I, elle sait parfaitement que le temps de maturation est très long. Il s'agit de convaincre les entreprises et les associations, portées par l'économie sociale et solidaire, de l'intérêt d'aller vers ce type de projet et de travailler en réseau.

L'idée était dans les tuyaux depuis 1999. C'est un appel à projets du Fonds social européen (FSE), lancé en 2005 dans le cadre du programme d'initiative communautaire "Equal", qui a donné l'opportunité de passer à l'acte. Le Nord - Pas-de-Calais compte parmi les trois régions qui ont été choisies avec l'Ile-de-France et la Bretagne. A Lille, le travail d'explication étant fortement amorcé depuis septembre 2006, la mise en place du circuit d'échanges - point majeur du dispositif - a pu d'ores et déjà démarrer. A ce stade de l'expérimentation, seul un noyau dur de six à sept entreprises utilise le sol ou est en train de l'adopter, après avoir reçu l'agrément nécessaire. La mise en oeuvre varie selon les options prises par les adhérents. En octobre 2006, la boutique de commerce équitable Ann Gisel Glass a été la première à avoir accepté le sol. Après dix achats, les clients reçoivent une carte où 1 % de la somme totale dépensée y est crédité en sols. Ils peuvent ensuite utiliser cette monnaie complémentaire pour réaliser leurs achats soit dans la boutique ou dans un autre commerce ou organisme agréé. "Actuellement, dit Camille Rouxel, cogérante d'Ann Gisel Glass, nous avons commandé une cinquantaine de cartes. Pour nous, c'est à la fois un excellent moyen de fidélisation et de nous faire connaître au sein du réseau du commerce éthique."

PRENDRE LE TEMPS

Artisans du Monde, un autre commerce du circuit sol, a préféré garder la carte de fidélité classique tout en achetant des points sol au Crédit coopératif. Thierry Decoster, dont l'entreprise Saveurs et saisons est spécialisée dans la vente au détail de produits bio, a décidé, lui, d'intégrer le réseau seulement à partir de janvier 2008. Il veut prendre le temps d'expliquer le principe à ses salariés et à ses clients. "La carte sol sera intégrée à notre carte de fidélité", précise-t-il.

Un second volet baptisé "Sol engagement" vise à faciliter les échanges entre les personnes et à valoriser les comportements solidaires. Il permet, par exemple, de valoriser, en les transformant en monnaie sol, les heures de bénévolat associatif.

Les collectivités ne sont pas en reste. Elles peuvent s'inscrire dans l'un ou l'autre "Sol". Une mairie pourra ainsi distribuer des sols à une association, avec une contre-valeur en euros, qui permettront à des jeunes bénévoles d'accéder plus facilement à des services sportifs ou culturels. Dans tous les cas, le sol est une monnaie "fondante" : plus le client tarde à l'utiliser, plus il perd de sa valeur qui est alors redistribuée dans le circuit de l'économie solidaire. "A ce jour, toutes les conditions ne sont pas réunies pour sortir de la phase expérimentale, commente-t-on à la Macif. Il faut augmenter le nombre d'entreprises du réseau et assurer une diversité d'activités suffisantes." A partir d'octobre, la mutuelle envisage de lancer environ 3 000 cartes dans le circuit, avec l'idée d'atteindre les 6 000 en décembre 2008. Un objectif important qui - avec la mise en place de terminaux de paiement et le coût de la monnaie sol proprement dite - va nécessiter un investissement supplémentaire conséquent. Jusqu'à présent, dit Jean-Philippe Poulnot, de Chèque Déjeuner, l'opération a coûté 1,88 million d'euros financé à 50 % par les Fonds européens, à 30 % par les collectivités locales (le conseil régional Nord - Pas-de-Calais est associé au projet) et à 20 % par les entreprises du réseau Economie sociale et solidaire.


 

 

Philippe Allienne
Le Monde.fr

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Publié dans lu dans la presse

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